Infi(r)niment femme de Bestine Kazadi Ditabala (2008)

Fiche de lecture de Ludivine, Maguy et Géraldine

Comité Nord

Résumé

Ce livre est un travail de mémoire écrit sous une forme poétique. L’auteur est une jeune avocate du barreau de Kinshasa. Dans ce recueil de poèmes, elle retrace les violences faites aux femmes lors des guerres et des exactions commises des années 90 à 2000 sur tout le territoire de la RDC.

Commentaires

Le titre du recueil est un jeu de mots sur « infiniment » et « infirmité ». Son message pourrait se traduire,
d’une part, par la marque des drames subis par ces femmes (infirmité morale et physique parfois ?) ; et
d’autre part, pour les survivantes qui malgré tout restent des femmes à part entière en assumant la continuité
de leur rôle social et familial.
La forme laisse apparaître une belle écriture, fluide, facile d’accès avec une langue imagée et d’une
grande musicalité. Il s’agit d’une poésie de type classique avec des rimes croisées. Les quelques 30
poèmes peuvent alors paraître un peu répétitifs. L’ouvrage se révèle ainsi difficile à lire d’une traite du fait de cette forme classique associée à l’évocation de nombreuses violences.

Le fond correspond donc à la description de violences commises envers les femmes pendant des périodes de crise s’étalant de 1993 à 2007 (ouvrage publié en 2008).

Nous avons repéré la prégnance significative de la nature dans les poèmes de BDK. Un contraste apparaît ainsi entre l’horreur des crimes impunis et la beauté de la nature, témoin silencieuse de ces drames. La nature, décor majestueux de ces crimes, poursuit son cycle, imperturbable (p59 : « cauchemar à Ikela »). Celle-ci est peut-être le reflet du silence, de l’indifférence voire de la résignation face à ces violences récurrentes perpétrées sur deux décennies (p21 : « cri du Maniema »).

Nous remarquons que chaque titre de poème est le nom d’un lieu précis où se sont déroulés les faits exposés. Ainsi, pour chaque titre, BKD donne une note indicative sur la position géographique du lieu, les crimes qui y ont été commis et à quelle période. Ces indications nous replacent dans une dure réalité qui s’oppose à la forme poétique choisie pour l’exprimer. Cela nous permet également d’entrevoir le travail d’investigation et d’inventaire entrepris qui confortent d’autant plus son message.

La question des sources se pose. Comment un inventaire aussi précis a été fait et par qui ?

La question du relais de l’information et du rôle de la presse nous a aussi alertées avec une question prépondérante : à l’heure actuelle, que savons-nous de ce qui se déroule dans ces régions?

L’émergence actuelle de cette parole questionne aussi sur les raisons de cette inertie dans l’information. Pourquoi une absence de réactions depuis si longtemps? Difficulté de couvrir ces terrains en temps de guerre, volonté délibérée d’ignorer les témoignages, peur ou honte de parler pour ces femmes ?!

En se faisant l’écho des victimes qui semblent soumises à une forme d’omerta, l’auteur brise la loi du silence. Elle donne voix à une vérité enfouie jusqu’à présent. Elle laisse ainsi une trace écrite pour que ce silence ne perdure pas et que l’oubli ne soit pas le maître-mot. Sa démarche peut s’apparenter à une forme de combat pour les droits des femmes.

En résumé, nous avons apprécié ce livre et son approche poétique d’un sujet douloureux et difficile à traiter. Il a par ailleurs donné envie à Maguy de mieux connaître les événements et l’histoire du Congo.

La démarche de BKD nous a fait penser à d’autres luttes sur le sol africain pour la protection du droit des femmes :

« Le prix Nobel de la paix 2011 a été conjointement attribué, vendredi 7 octobre, à trois femmes : Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, Leymah Gbowee, elle aussi libérienne, et à la Yéménite Tawakkul Karman pour leur lutte non violente pour la sécurité et les droits des femmes. »

Source : lemonde.fr

Quelques liens que  nous pourrons parcourir pour prolonger la lecture :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bestine_Kazadi

http://www.lephareonline.net/lephare/index.php?option=com_content&view=article&id=405:la-revolte-dune-militante-des-dh&catid=47:rokstories&Itemid=109

http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_edition=&id_article=38092

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2 réflexions sur “Infi(r)niment femme de Bestine Kazadi Ditabala (2008)

  1. Oui, il s’agit bien d’un combat. Un combat mené par les femmes elles-mêmes. La vidéo de l’auteur illustre bien le sujet : un combat pour la reconnaissance des droits de la femme trop souvent bafoué.

  2. Alégria-Djamany dit :

    Un documentaire à voir prochainement: Africaines des Grands Lacs, jeudi 8 mars à 20 h 35 sur France O. Des témoignages recueillis par Titouan Lamazou et filmés par la réalisatrice Claire Duguet, pour mieux comprendre les violences que subissent les femmes dans l’est du Congo.

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